Changement d'heure, l'argument anti-gaspi tient-il encore ?

28/02/2018

Deux fois par an, nous avançons ou reculons notre montre d’une heure. Né à l’époque où la France n’avait pas de pétrole, mais beaucoup d’idées, ce rituel fait-il encore sens pour notre porte-monnaie ? Le Parlement européen lui-même commence à s’interroger…

Changement d'heure, l'argument anti-gaspi tient-il encore ?

L’origine de l’heure d’hiver et de l’heure d’été 

Le changement d’heure pour économiser l’énergie est une idée ancienne. C’est en 1784 que Benjamin Franklin évoque cette hypothèse, à une époque où la France se couche et se lève le plus souvent avec le soleil. De plus, l’heure n’est pas identique d’un point à l’autre du territoire jusqu’en 1891, quand l’heure de Paris deviendra celle du territoire national. Une évolution indispensable pour unifier les horaires des transports ferroviaires. L’instauration d’une heure d’été est votée en France en 1917, introduisant un décalage d’une heure avec l’heure solaire. Pendant l’occupation, les Allemands imposent l’heure allemande, soit un décalage d’une heure supplémentaire. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, malgré le vote d’un décret qui rétablit l’heure d’hiver traditionnelle, la France restera à l’heure de Berlin.

C’est en 1975 qu’un nouveau décret introduit l’heure d’été et en 1976 qu'il est mis en application, dans l’objectif de faire des économies d’énergie. Cette mesure est une réaction au choc pétrolier de 1973, qui avait vu le prix des énergies fossiles grimper en flèche. A l’origine, elle devait être provisoire, mais est toujours pratiquée par l’ensemble des pays de l’Union européenne et par de nombreux pays dans le monde. En France, c’est l’Observatoire de Paris qui fixe l’heure légale et diffuse l’information concernant les changements d’heure.

Profiter au maximum de la lumière du jour, quels bénéfices ?

Quel est l’impact véritable du régime d’heure d’été sur la consommation d’énergie ? En 2010, Energies Demain, un bureau d’études spécialisé dans la réduction des consommations d’énergie a réalisé pour l’ADEME (l’agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’énergie), une étude sur l’impact du changement d’heure sur les usages de l’électricité, mais aussi du chauffage et de la climatisation. Les chercheurs observent une forte surconsommation d’éclairage le matin entre 5 et 7 heures, une tranche horaire qui concerne peu de Français. En revanche, le soir, la consommation d’électricité est moindre entre 19 et 23 heures. Dans cette étude, on estimait que près de 440 GWh avaient pu être économisés en 2009 et que la projection d’économies d’énergie allait jusqu’à 470 GWh à l’horizon 2030. Des travaux qui ne tiennent pas compte de l’évolution de l’éclairage public et des nouvelles technologies d’ampoules de type LED. De la même façon, la sous-consommation de chauffage, compensant la surconsommation de climatisation, devrait permettre d’éviter environ 80 kilos tonnes d’émissions de CO2 d’ici 2030, selon des données de 2009. Si les impacts du changement d’heure restent donc positifs sur la consommation d’électricité et d’énergie, ils sont néanmoins susceptibles d’être réduits à l’avenir.

Le parlement européen s’interroge sur la fin du changement d’heure

Dans une résolution adoptée le 8 février 2018, les députés européens ont estimé nécessaire une évaluation de l’impact du changement d’heure en été et en hiver et sont prêts à en faire évoluer les règles. Il existe peu de travaux récents qui étudient la réalité des économies d’énergie réalisées et qui témoignent des conséquences éventuellement négatives de ce changement d’heure sur les humains ou les animaux. La Sécurité Routière évoque cependant chaque année le pic d’accidentalité de 40 % observé pour les piétons entre 17h et 19h dans les jours qui suivent le changement d’heure. Moins visibles, donc moins vus par les automobilistes, le tiers des piétons tués le sont en période hivernale. 

Comment consommer moins d’électricité ? 

Chaque ménage possède en moyenne près d’une centaine d’appareils électriques ou électroniques, utilisés, pour certains, quotidiennement. Plus de la moitié de la consommation électrique des ménages ne peut être fournie par une autre énergie :  l’éclairage, bien sûr, mais aussi le froid, le lavage, la ventilation, le multimédia et l’informatique… Si l’efficacité énergétique des équipements électriques s’améliore régulièrement, la consommation d’électricité moyenne ne cesse d’augmenter, car les appareils, plus sophistiqués, deviennent plus gourmands. Il est donc indispensable de bien choisir et de bien utiliser ses appareils pour maîtriser sa consommation d’électricité.

L’ADEME donne de nombreux conseils pratiques dans un guide à télécharger. Grâce à l’étiquette énergie, il est facile de choisir des appareils classés A+++, qui consomment 20 à 50 % d’énergie de moins que les A+. Profitez de l’option tarifaire heures creuses proposée par votre fournisseur d’électricité pour lancer les machines en différé le soir ou quand vous êtes absent. Chargez votre machine à laver la vaisselle et privilégiez le programme Eco si la vaisselle n’est pas trop sale. Enfin, pensez à éteindre les veilles de vos appareils électroniques en installant une multiprise avec interrupteur. En choisissant les appareils les plus récents et les plus économes, il est possible d’économiser 4,9 TWh par an et de réduire jusqu’à 3 000 euros sa facture d’électricité.

Retrouvez notre article « Mieux gérer sa consommation d’énergie ».