Vieillissement de la population : bouleversons les préjugés !

05/04/2019

CASDEN MAG a rencontré Alexandra Pasquer, romancière et journaliste qui met en scène dans ses romans de pimpants septuagénaires aux vies bien remplies ! De quoi bouleverser les préjugés sur le vieillissement et poser les bonnes questions pour l’avenir…

Vieillissement de la population : bouleversons les préjugés !

Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux personnes âgées dans votre premier roman ?

« Les Tamalous » présente les septuagénaires en héros. Je voulais changer le regard que nous portons sur cette classe d’âge qui n’était pas (à l’époque de son écriture, en 2003) « à la mode » et qui n’occupait généralement dans l’art que des rôles secondaires ou de faire-valoir tels que la « bonne » grand-mère ou la belle-mère acariâtre… Je voulais porter un regard différent sur les aînés dont la place a beaucoup changé au cours des dernières décennies, grâce aux progrès de la médecine, à l’allongement de l’espérance de vie, aux conditions de vie plus confortables en termes d’alimentation et de logement et à la possibilité désormais acceptée de refaire sa vie plusieurs fois, y compris en divorçant une fois retraité. Mon intention était de valoriser les septuagénaires et d’interroger leur place dans la société ainsi que l’évolution de leurs liens avec leurs descendants.

Pourquoi ce titre, « Les Tamalous » ? 

La santé détermine complètement la vie humaine en général et celle des aînés en particulier. C’est le lien entre la santé et l’âge de mes personnages qui a donné lieu à mon titre. « T’as mal où » est la question rituelle utilisée par nombre d’entre eux lorsqu’ils se rencontrent. Beaucoup se surnomment « Tamalou », qui est désormais une appellation répandue. De nombreux clubs sportifs (cyclisme, randonnée) ou pratiquants s’appellent ainsi « Tamalous ». Les voyagistes ou les chauffeurs de bus utilisent d’ailleurs (en privé) le terme de « Tamalous » pour désigner leurs clients d’un certain âge.

Avec « Les Chicoufs », vous abordez la question de la garde des petits-enfants…

C’est une thématique qui intéresse tout le monde et qui parle à toutes les générations, quel que soit le milieu social. Après de nombreuses rencontres avec les lectrices et les lecteurs dans les salons et événements littéraires, à l’occasion de la promotion de mon premier roman, j’ai continué à m’interroger sur la position des personnes âgées dans la société et sur le regard que les différentes générations portent sur eux. « Les Chicoufs » (« Chic ils arrivent, ouf ils repartent »), résume les sentiments des grands-parents vis-à-vis de leurs petits-enfants. Dans ce livre paru en 2017, j’explore avec acuité et tendresse les liens intergénérationnels, souhaités ou imposés, entre les grands-parents et leurs petits-enfants, les questions que cela soulève dans leur propre environnement et les stratégies que déploient leurs enfants pour réussir à leur confier la garde des petits-enfants pendant les vacances.

Quel regard portez-vous sur les enjeux du vieillissement ? 

La plus grande angoisse des aînés est celle de la perte d’autonomie, bien avant la maladie. Devoir quitter son domicile, aller dans une maison de retraite ou avoir des personnes qui s’occupent de soi inquiète tout le monde : les personnes âgées elles-mêmes, mais aussi leurs enfants qui se retrouvent dans la position d’aidants et doivent prendre en charge leurs propres parents. Pour cette génération, qui se retrouve prise en sandwich entre ses parents et ses enfants, c’est une situation difficile. Certains aidants y perdent la santé et l’énergie, et ont aussi besoin que l’on s’occupe d’eux. Ils éprouvent parfois une forme de culpabilité et le sujet reste très sensible.

 

Les Tamalous, éditions Fortuna, 2015.

Les Chicoufs, éditions Fortuna 2017. 

 

Crédit photo : Olivier Châtelain