La nouvelle étude de G.Fotinos met en exergue le manque de reconnaissance des personnels d'administration

27/09/2022

George Fotinos, docteur en géographie, ancien chargé de mission d’inspection générale et José Mario Horenstein, médecin psychiatre ont mené une étude sur une catégorie professionnelle peu reconnue par le système éducatif : les personnels d’administration de l’Education nationale. Cette étude qui a connu un fort taux de participation (8 319 participants), permet ainsi de prendre conscience et de mesurer la situation actuelle des personnels d’administration.

La nouvelle étude de G.Fotinos met en exergue le manque de reconnaissance des personnels d'administration

Lundi 26 septembre, la CASDEN Banque Populaire, banque coopérative de la Fonction publique et A&I-UNSA (« Administration et Intendance »), ont organisé une table ronde en présence de Georges Fotinos, de responsables nationaux et locaux du syndicat ainsi que d’invités, notamment de membres du ministère. Pap Ndiaye, ministre de l’Education nationale et de la jeunesse a ouvert cette table ronde en vidéo.

En amont de la réalisation de cette étude, George Fotinos et José Mario Horenstein ont tous deux dressé le constat alarmant qu’il n’existait pas d’études ou de recherches consacrées à ces professions. Pourtant, les personnels d’administration sont essentiels pour assurer le bon fonctionnement de la plus haute administration du pays, l’Education nationale et l’Enseignement supérieur. En effet, sans les compétences et l’engagement professionnel de ces personnels, il deviendrait alors presque impossible d’organiser ne serait-ce qu’une simple rentrée scolaire.

En 2020, les personnels d’administration de cette catégorie d’agents de la Fonction publique représentaient 56 000 postes.

Face à cette situation, le syndicat A&I-UNSA soutenu par l’Accord-cadre signé entre le MENJS et la CASDEN Banque Populaire a considéré comme une« ardente obligation » le fait d’avoir une connaissance beaucoup plus précise de la situation actuelle de ces personnels.

Cette étude singulière, s’adapte à leurs caractéristiques particulières et son objectif majeur est d’évaluer leur situation sur 3 registres : la qualité de vie au travail, la qualité de santé, les projets et avenirs professionnels. L’évaluation se présente sous forme d’un questionnaire en ligne adressé aux personnels d’administration classés en trois corps et répartis sur trois catégories (A, B et C) et selon les lieux d’exercice professionnel pour un total de 8 319 réponses retenues.

Une certaine dégradation de l’environnement de travail

L’enquête menée révèle que l’environnement de travail chez les personnels d’administration de l’Education nationale est plutôt mauvais voire oppressant pour beaucoup des interrogés.

Les résultats qui ressortent de l’enquête expriment pour la majorité des participants, un grand manque de considération. En effet, 3 personnes sur 4 se sentent méconnues par leur propre hiérarchie et une personne sur deux parmi les interrogés indique ne recevoir aucune forme de remerciement pour son travail.

57 % des personnels ayant répondu doivent régulièrement faire face à des injonctions contradictoires (62 % de la catégorie A et 54 % de la catégorie C).

L’enquête réalisée permet également de pointer que pour les personnels d’administration, il apparaît difficile de s’exprimer librement sur le lieu de travail. On constate que 6 personnes sur 10 considèrent ne pas avoir la possibilité de faire entendre leur voix. Ce phénomène exprimé touche plutôt les catégories B et C. Par ailleurs, 65 % des personnes interrogées indiquent ne pas avoir d’espace dédié sur leur lieu au travail pour faire entendre leur voix. Cela touche principalement la catégorie C à 71 % et la catégorie A à 55 %.

Le lieu de travail n’est pas forcément synonyme de sécurité

Plusieurs des éléments de réponse à ce questionnaire peuvent être qualifiés d’inquiétants et notamment le fait qu’un grand nombre des interrogés ait déjà subi une quelconque forme de harcèlement.

Le questionnaire montre que 58 % des personnes interrogées affirment avoir déjà été victime de harcèlement moral (64 % pour la catégorie A et 56 % pour la catégorie C).

Enfin, les réponses à ce questionnaire révèlent que 7 % des interrogés déclarent avoir été victime de harcèlement sexuel, 8 % sont des femmes et 2 % sont des hommes.

 

Une santé et un moral relativement fragiles

L’étude menée révèle également une santé psychologique globalement assez fragile chez les personnels d’administration.

En effet, 44% s’estiment épuisés professionnellement (28 % ont subi un burn-out clinique).

L’étude démontre que parmi plusieurs métiers de l’éducation évalués selon les mêmes critères, ce sont les personnels d’administration qui sont les plus nombreux à présenter des signes d’épuisement professionnel. En effet, dans les études précédentes des auteurs, on notait que l’épuisement professionnel concerne 23 % des directeurs d’école, 15 % des Chefs d’établissement et 10 % des Inspecteurs de l’Education nationale.

En moyenne, 8,5 % des personnels d’administration se considèrent en mauvaise santé

6 personnes sur 10 déclarent un temps de travail supérieur à 40h. Parmi cette population, on trouve une majorité de personnels de la catégorie A (80 %).

Pour ce qui est du moral de cette catégorie d’agents, il se révèle être plutôt moyen. 50 % des interrogés indiquent un moral moyen à mauvais et 74 % des personnels ne pas arriver à concilier vie professionnelle et vie privée.

 

Quelques aspects tout de même positifs

L’enquête montre néanmoins des points positifs.

En effet, 8 personnes sur 10 parmi les interrogés trouvent du sens dans le travail réalisé et ce sans aucune différence entre les catégories

7 personnes sur 10 jugent que l’utilisation de leurs compétences est plutôt satisfaisante.

Enfin, 9 personnes sur 10 parmi les interrogés se sentent d’une part écoutées et respectées par leurs collègues et 9 sur 10 satisfaites de leurs relations avec les usagers.

 

En conclusion

Ce travail mené par les auteurs s’inscrit dans un début de prise de conscience générale du monde de l’éducation : il permet de démontrer les liens existants entre la qualité de vie au travail et la réussite des personnels, des élèves, mais aussi avec le fonctionnement des établissements.
Le ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, M. Pap Ndiaye vient d’inscrire cette « évolution-inflexion » comme un des principaux axes de sa politique.

L’ambition des auteurs serait que ce travail soit utile à tous ceux et celles qui œuvrent à la réussite de l’école de la République et à la construction de son avenir.

 

Téléchargez l'étude complète : les personnels d'administration, les "invisibles du système éducatif".