Le moral des chefs d’établissements de l’Éducation nationale à la loupe

09/12/2021

Une enquête inédite, menée au niveau national avec le le soutien de la CASDEN Banque Populaire et le syndicat des personnels de direction SNPDEN, fait le constat d’une dégradation du moral des chefs d’établissement et de leurs conditions de travail. Une situation aggravée par la crise sanitaire. L’étude témoigne malgré tout d’évolutions positives et formule des propositions pour un avenir plus serein.

Le moral des chefs d’établissements de l’Éducation nationale à la loupe

Connaître et évaluer les impacts de la crise Covid sur les chefs d’établissement 

Cette, étude nationale menée par le chercheur Georges Fotinos, ancien chargé de mission d’inspection générale, avec José Mario Horenstein, médecin psychiatre, est consacrée aux impacts de la crise du Covid-19 et du déconfinement sur le moral des chefs d’établissement du secondaire au niveau national. « La crise sanitaire a accéléré et amplifié les tendances lourdes de l’évolution du métier de personnel de direction » estime notamment Georges Fotinos.

Après une première présentation des résultats en juin, la CASDEN Banque Populaire, banque coopérative de la Fonction Publique, et le SNPDEN (Syndicat National des Personnels de Direction de l'Éducation Nationale), premier syndicat des chefs d’établissement, ont organisé une table ronde le 3 décembre 2021 avec différents intervenants du monde éducatif afin d’échanger sur les résultats et les analyses issues de l’étude et formuler des propositions d’actions.

Des relations globalement dégradées… mais des évolutions positives 

L’enquête révèle que la crise a eu un effet négatif sur la qualité des relations que les chefs d’établissements entretiennent avec l’ensemble de leurs interlocuteurs, en particulier les parents de leur élèves (43 %) et leur hiérarchie (40 %). Huit personnels de direction interrogés sur dix évoquent un décrochage scolaire important, tandis que la moitié a observé une recrudescence de violence au sein de leurs établissements. Enfin, 92 % des personnels de direction interrogés ont ressenti une dégradation de leurs conditions de travail et plus de 80 % estiment que leurs missions ont été impactées par la crise sanitaire. Ils ont notamment souffert de devoir s’adapter du jour pour le lendemain, étant souvent informés à la dernière minute des changements organisationnels liés à la pandémie. A contrario, 87 % d’entre eux estiment que la période de crise a favorisé la créativité et l’innovation pour répondre aux besoins des élèves et des enseignants, et que cette expérience positive peut conduire à faire évoluer leur projet d’établissement.

Pour en savoir plus

Enquête réalisée en ligne entre le 16 mars et le 6 mai 2021 basée sur un échantillon de plus de plus de 5 000 personnes, représentatif des établissements secondaires et chefs d’établissements publics. Près de 33 % des personnels de direction (PERDIR) et 47 % des établissements publics du second degré ont répondu à cette étude, qui concerne près de 3 millions d’élèves du public soit 76 % de cette population à l’échelle du territoire.

Une conception de l’avenir professionnel plutôt morose et une santé mentale affectée 

Parmi les nombreux témoignages recueillis par Georges Fotinos et José Mario Horenstein, la majorité des personnels de direction ont une vision négative de leur avenir, principalement fondée sur le découragement, l’absence de soutien et de bienveillance hiérarchique, mais aussi de reconnaissance et de perspectives professionnelles. Au-delà de ce ressenti général, largement partagé, les personnels de direction ont subi de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire et se sont retrouvés en première ligne pour gérer les enjeux sanitaires et pédagogiques au quotidien. Résultat, plus des deux-tiers des chefs d’établissement se sont sentis nerveux ou stressés, tandis que la moitié a pensé ne pas pouvoir assumer tout ce qu’ils devaient faire. Enfin, 47,53 % d’entre eux ont présenté des symptômes dépressifs pendant cette période.

 

Des propositions pour faire évoluer le métier 

Les auteurs de l’étude proposent de mettre en place quatre leviers afin de redonner du souffle à cette profession qui fait face à une sévère forme d’épuisement professionnel :

- Créer un corps de personnels d’encadrement concentré sur l’aide, le conseil, la formation des personnels d’établissement réunissant les personnels de direction, les Inspecteurs de l’Éducation nationale, les inspecteurs d’académie et les Inspecteurs Pédagogiques régionaux permettant une mobilité interne. L’encadrement compterait une profession pour trois métiers (Directeur d’établissement, Ingénieur Conseil, Évaluateur)

- Favoriser la Qualité de Vie au Travail tant pour les adultes que pour les élèves afin de créer des conditions incontournables au bon fonctionnement de l’établissement, à la satisfaction professionnelle et à la réussite des élèves.

- Mettre en œuvre le principe d’autoévaluation générale concernant l’établissement, les personnels et les élèves) avec une évaluation externe de l’établissement et un contrôle après une période de trois ans.

- Développer une véritable autonomie de l’établissement fondée sur l’adaptation locale aux élèves et à la communauté éducative portée par la liberté d’innover, et des moyens en compétences notamment en personnels socioéducatifs ainsi qu’en matériels adéquats.